Cinq rapports du VTT finlandais, une échéance fin mars 2026, et pourtant aucune preuve publique sur la densité énergétique et la durée de vie promises par Donut Lab.
Sur le papier, Donut Lab coche toutes les cases du récit parfait : batterie solide, charge éclair, et une moto Verge prête à l’adopter. Dans les faits, cinq essais annoncés comme indépendants confirment des points secondaires, mais contournent les deux promesses les plus explosives. Or ce sont ces chiffres qui sépareraient une bonne batterie d’un saut industriel : 400 Wh/kg et 100 000 cycles. À huit jours de la date butoir de fin mars 2026, le silence sur ces données commence à ressembler à une stratégie, pas à un oubli.
Une avalanche de rapports qui ne répond pas à la question centrale
Donut Lab a publié cinq rapports issus du VTT Technical Research Centre, en Finlande. Chaque document ajoute une pièce au puzzle, mais pas celles qui valident la révolution annoncée. Le VTT confirme une charge rapide, une tenue à haute température, une faible autodécharge, et même un test au niveau pack dans une Verge. Le problème est simple : aucune de ces validations ne répond aux deux affirmations qui ont mis le feu à la planète batteries. La densité de 400 Wh/kg et la longévité de 100 000 cycles restent hors champ. À ce stade, Donut Lab prouve qu’elle sait faire des démos, pas qu’elle tient sa promesse.

Deux promesses qui changeraient tout, si elles étaient vraies
400 Wh/kg, c’est un chiffre qui dépasserait nettement les meilleures cellules lithium-ion commerciales. Pour une moto, cela signifie potentiellement plus d’autonomie à poids égal, ou le même rayon d’action avec une batterie plus compacte, donc plus légère. Et 100 000 cycles, c’est encore plus extrême. À raison d’une charge par jour, on parle d’environ 274 ans d’usage. Les bonnes cellules actuelles, elles, tournent plutôt autour de 1 000 à 5 000 cycles selon les chimies et l’usage. Autrement dit, Donut Lab ne promet pas “un peu mieux”, elle promet un autre univers.
Le dernier test VTT, et son détail qui change tout
Le rapport le plus récent décrit un test de cyclage à 5C sur une cellule nommée DL2. Le contexte est crucial : la cellule était déjà endommagée. Lors d’un test précédent à 100 °C, la poche a perdu son vide, ce qui est une dégradation structurelle majeure pour une cellule solide qui dépend d’un contact mécanique serré entre couches. Le VTT a ensuite enchaîné 50 cycles à 5C, soit un courant élevé, entre 0 % et 90 % d’état de charge, à température ambiante. La capacité de décharge à 1C mesurée au départ était de 24,689 Ah, proche d’un nominal de 26 Ah. Mais après six cycles, la capacité a commencé à chuter fortement.

Chiffres bruts : la capacité s’effondre, mais sur une cellule compromise
À la fin des 50 cycles, la capacité était tombée à 11,194 Ah, soit une baisse de 54,66 %. L’efficacité énergétique est passée de 89,6 % à 83,0 %, et l’épaisseur de la cellule a augmenté d’environ 17 %. Ce sont des chiffres qui font lever un sourcil, mais il faut rester honnête : la cellule ayant perdu son vide, ce test ne peut pas représenter la performance d’une cellule saine. Là où le rapport devient gênant pour Donut Lab, c’est ailleurs. C’est le test le plus proche d’un début d’évaluation de cycle life par un labo indépendant, et il a été réalisé sur un échantillon déjà abîmé. Personne, publiquement, n’a cyclé une cellule saine sur des centaines de cycles pour établir une tendance.
Ce que VTT confirme vraiment, et pourquoi ce n’est pas suffisant
Les rapports précédents fournissent des résultats réels. Un essai a confirmé une charge à 80 % en 4,5 minutes à 11C. Un autre a montré qu’une cellule pouvait survivre à une décharge à 100 °C, même si elle a perdu son vide. Un troisième a mesuré une autodécharge faible, avec 97,7 % de charge restante après 10 jours. Le quatrième a monté d’un cran en passant au pack, en maintenant une charge de 100 kW dans une moto Verge TS Pro. Tout cela est intéressant, parce que cela décrit une batterie qui sait encaisser des contraintes. Mais rien de tout cela ne prouve la densité massique ni la longévité réelle.
Une échéance fin mars 2026, et un problème de calendrier
Donut Lab a fixé une date : livrer des batteries de production dans des Verge Motorcycles avant la fin du premier trimestre 2026, soit le 31 mars 2026. Nous sommes à quelques jours de cette échéance dans le récit initial. Du côté Verge, il a été question de premières livraisons “fin mars”, mais les certifications de sécurité en Europe et aux États-Unis seraient encore en attente, et la production 2026 serait limitée à environ 350 motos. Si des motos sortent réellement avec ces cellules, les claims finiront par être testables par n’importe qui avec une balance et du temps. Le mot clé, c’est quand.
La validation la plus simple n’a toujours pas été faite
Vérifier 400 Wh/kg ne demande pas un laboratoire secret. Il suffit de mesurer l’énergie délivrée et de peser la cellule. C’est un test d’une simplicité presque embarrassante. Le fait qu’aucun des cinq rapports VTT ne l’ait fait alimente une question évidente : pourquoi. Sur la durée de vie, il n’est pas nécessaire d’attendre des années. Faire quelques centaines de cycles sur une cellule saine prend des jours ou des semaines selon le protocole, pas une éternité. L’absence de ces données, au moment où l’entreprise affirme être proche de la production, crée une tension entre le discours et la preuve.
| Ce que Donut Lab affirme | Ce que les rapports VTT montrent | Ce qui manque |
| 400 Wh/kg | Charge rapide, tenue thermique | Mesure densité Wh/kg |
| 100 000 cycles | Un test 50 cycles sur cellule abîmée | Cyclage long sur cellule saine |
| Intégration moto | Pack à 100 kW sur Verge | Données publiques sur série |
