Les Kawasaki sortent de l’usine qui fabrique aussi des robots depuis 1969

Les Kawasaki sortent de l'usine qui fabrique aussi des robots depuis 1969

En 1969, l’usine Kawasaki d’Akashi lançait la moto conçue pour être la plus rapide du monde et achevait ce que le groupe présente comme le premier robot industriel japonais. Les deux métiers y cohabitent encore.

Ce parallèle n’est pas une coïncidence de calendrier. Il dit quelque chose d’essentiel sur la nature profonde de Kawasaki Heavy Industries : une entreprise qui n’a jamais séparé la mécanique de pointe destinée à rouler vite de celle destinée à travailler à la place de l’homme. Les deux activités sont nées dans le même bâtiment, la même année, et elles n’ont jamais vraiment divergé depuis.

Akashi, 1969 : l’année où tout a commencé

C’est à Akashi, dans la préfecture de Hyogo, que Kawasaki Heavy Industries lance la production commerciale du Kawasaki-Unimate 2000. L’entreprise le revendique elle-même comme le premier robot industriel de fabrication japonaise, une affirmation qu’il convient d’attribuer à la firme plutôt que de la présenter comme un fait établi par des historiens indépendants. La chronologie est néanmoins précise : un bureau dédié à la robotique nationale ouvre en juin 1968, une licence technique est obtenue auprès de l’américain Unimation en octobre de la même année, et la fabrication démarre l’année suivante.

Le prix de l’époque donne la mesure de l’ambition. Un Kawasaki-Unimate 2000 coûtait environ 12 millions de yens, à une période où le salaire mensuel de départ d’un jeune diplômé universitaire tournait autour de 30 000 yens. Acquérir ce robot représentait donc l’équivalent de plusieurs centaines de mois de salaire, un investissement réservé aux industriels les plus capitalisés, qui misaient sur l’automatisation comme levier de compétitivité à long terme.

Dans la même usine d’Akashi, cette même année 1969, Kawasaki lançait la 500 SS Mach III, une trois-cylindres deux-temps construite pour faire de la marque le constructeur de la moto la plus rapide du monde. Le robot quadrupède que le groupe montre aujourd’hui n’est donc pas une lubie de salon : c’est la rencontre de deux métiers qui cohabitent dans la même maison depuis le même exercice comptable, une continuité industrielle que peu de constructeurs peuvent afficher.

Bras robotisé Kawasaki blanc de palettisation en service dans une usine
Un robot de palettisation Kawasaki en service aujourd’hui. L’activité est née dans le même site que les motos, et elle n’en est jamais partie. (©De Man Automation + Service / Wikimedia Commons / CC BY-SA 4.0, recadrée)

De l’Unimate à l’autonomie : cinquante ans de robotique maison

La licence Unimation encadre les premières décennies de production. Elle prend fin en 1986, moment à partir duquel Kawasaki conçoit ses propres robots sans dépendance technologique extérieure. Entre 1981 et 1983, la firme sort une série électrique, dite série P, puis une grande machine polyvalente, la série E, qui marquent le passage de l’hydraulique à l’électrique. L’activité robotique de l’usine d’Akashi obtient la certification ISO 9001 en 1995.

Cette trajectoire n’est pas anecdotique pour un lecteur de presse moto. Elle explique pourquoi Kawasaki aborde aujourd’hui la robotique mobile avec une base d’ingénierie que peu de constructeurs de deux-roues possèdent en interne. Quand le groupe présente un concept de véhicule à quatre pattes, il ne sous-traite pas la partie robotique à un partenaire extérieur : il puise dans un savoir-faire accumulé depuis plus de cinq décennies dans ses propres ateliers.

La certification ISO 9001 obtenue en 1995 à Akashi illustre un autre point : l’usine qui assemble des motos et celle qui produit des robots ne sont pas deux entités étanches. Elles partagent des processus qualité communs, une culture industrielle commune, et probablement des équipes qui circulent de l’une à l’autre. C’est cette porosité interne qui rend crédibles les projets les plus audacieux du groupe.

Entrée de l'usine Kawasaki d'Akashi sous un ciel bleu
L’entrée de l’usine d’Akashi, dans la préfecture de Hyogo. C’est de ce site que sortent les motos du groupe, et c’est là qu’a démarré son activité robotique. (©運動会プロテインパワー / Wikimedia Commons / CC BY-SA 4.0)

Corleo, le quadrupède à hydrogène présenté à Osaka

En 2025, à l’Exposition universelle d’Osaka, Kawasaki dévoile le Corleo. Il s’agit d’un concept de véhicule tout-terrain à quatre pattes robotisées, propulsé à l’hydrogène, que son pilote enfourche comme une monture. Quatre modes de conduite sont annoncés : Slow, Fast, Automatic et Wasteland. Le système baptisé « adaptive shared control » permettrait à la machine de lire les intentions du pilote et d’en corriger les commandes si nécessaire, une logique proche de ce que font déjà certains systèmes d’aide à la conduite sur les motos modernes.

Corleo reste un concept, et Kawasaki le sait. Une équipe dédiée, baptisée SAFE ADVENTURE, travaille à son développement. Une présence est visée à l’Exposition universelle de Riyad en 2030, et une commercialisation est envisagée vers 2035. Ces dates sont suffisamment lointaines pour que tout puisse encore évoluer, et le conditionnel s’impose : Corleo pourrait un jour rouler sur les sentiers, mais rien n’est encore arrêté.

Kawasaki étudie par ailleurs un simulateur de pilotage lié à ce projet, destiné au jeu vidéo, à l’esport et au développement technique. Cette dimension numérique rappelle que la frontière entre la moto, le robot et le simulateur se brouille progressivement dans la stratégie du groupe, une évolution que l’histoire d’Akashi rend finalement logique.

Home LEO, le robot social pour personnes âgées

L’autre projet robotique du groupe s’appelle Home LEO. Il s’agit d’un robot social conçu pour accompagner les personnes âgées vivant à domicile. Ses fonctions annoncées comprennent la reconnaissance de l’environnement, l’interaction avec les personnes présentes, la surveillance de ce qui se passe autour de lui et, à terme, une aide aux tâches quotidiennes. Des essais de démonstration sont prévus avec des organismes de santé et des administrations japonaises.

Le lancement au Japon est envisagé pour l’exercice 2028, mais Kawasaki emploie l’expression « potential launch », ce qui signifie que cette date n’est pas confirmée. Home LEO est en développement, pas en vente. Aucune caractéristique technique n’est publiée à ce stade : ni dimensions, ni liste de capteurs, ni autonomie de fonctionnement. Il serait donc prématuré d’en dire davantage sur la machine elle-même.

Ce projet s’inscrit dans un contexte démographique japonais très particulier. Le vieillissement accéléré de la population nipponne crée une demande structurelle pour ce type d’assistance, et plusieurs industriels s’y positionnent. Kawasaki arrive avec un avantage que ses concurrents n’ont pas tous : plus de cinquante ans d’expérience dans la fabrication de robots industriels, accumulée dans la même usine qui construit ses motos.

Une maison, deux métiers, un seul fil conducteur

Ce que révèle ce dossier, c’est moins l’existence de deux projets futuristes que la cohérence d’une trajectoire industrielle longue. Kawasaki n’est pas un constructeur de motos qui s’essaie à la robotique pour suivre une mode technologique. C’est un groupe qui pratique les deux disciplines depuis 1969, dans le même site, avec les mêmes exigences de fiabilité et de précision mécanique.

La moto et le robot partagent chez Kawasaki une même obsession du mouvement maîtrisé. Qu’il s’agisse de calibrer la suspension d’une Ninja, d’articuler le bras d’un Unimate ou de programmer les pattes d’un Corleo, le problème central reste identique : contrôler une masse en mouvement dans un environnement imprévisible. C’est peut-être pour cette raison que les ingénieurs d’Akashi semblent aussi à l’aise avec l’un qu’avec l’autre.

Ni Corleo ni Home LEO ne sont en vente, et aucun prix n’existe pour l’un comme pour l’autre. Ce qui est établi, en revanche, c’est qu’Akashi reste le point de départ d’une aventure industrielle qui dure depuis plus d’un demi-siècle, et que les motards qui admirent une Z ou une H2 dans un salon regardent le produit d’une usine qui assemble aussi des robots depuis l’année où le monde découvrait la conquête de la Lune.

Sources

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